En politique, l’indécision peut être plus fatale que l’erreur. Et dans le cas d’Haïti, où chaque jour apporte son lot de drames et d’humiliations, l’attentisme devient une trahison.
Depuis le Japon, où il séjourne dans une discrétion soigneusement entretenue, Laurent Saint-Cyr, président du Conseil présidentiel de transition, semble regarder la maison brûler sans hâte ni urgence.
Interrogé sur la gravité de la situation nationale, il a répondu d’un ton déconcertant : « Il ne faut pas aller trop vite en besogne. »
Cette phrase, d’un cynisme presque tragique, résume la dérive d’un pouvoir coupé du réel.
Deux mois après son investiture, Saint-Cyr n’a pas su imprimer la moindre direction claire. Ni feuille de route, ni vision, ni message fort pour un peuple qui n’attend plus que des actes.
Son mutisme et son éloignement apparaissent comme une abdication morale, au moment où les gangs dictent leur loi, où l’économie s’effondre, où la diaspora s’impatiente et où la communauté internationale s’interroge.
Haïti n’a plus le luxe d’attendre. Le pays est en sursis, suspendu entre effondrement total et sursaut improbable.
Chaque jour d’inaction fragilise un peu plus le fragile édifice du Conseil présidentiel de transition, censé conduire le pays vers le 7 février 2026.
Si Laurent Saint-Cyr continue de tergiverser, c’est le temps lui-même qu’il aura définitivement perdu. Et avec lui, peut-être, l’espoir d’un redressement.


