Gary Didier Perez : mort dans l’indifférence de ses héritiers

Gracia, Reginald, Frérot, Kenny, Ritchie, Nickenson, Emmy Nix, Wid, Isy Mic n’étaient pas présents à l’enterrement du premier chanteur de Zenglen, Gary Didier Perez.

Pourtant, chacun d’eux doit une part de sa notoriété au passage de ce chanteur hors du commun au sein du groupe Zenglen.

Un seul hit peut parfois suffire à un groupe pour marquer les esprits. Pour Zenglen, ce moment est arrivé grâce à Gary Didier Perez, qui a permis aux mélomanes d’Haïti et d’ailleurs de découvrir et de retenir le nom du groupe à travers deux grands succès : Anba latè (Ozone) et Fidel. Cet exploit marketing a constitué une étape décisive dans la commercialisation du produit appelé Zenglen.

Avec ces morceaux devenus incontournables — dont les auteurs des paroles restent méconnus du grand public — la voix de Gary Didier a donné une impulsion décisive à la notoriété, à la crédibilité et à la longévité du groupe.

Après son passage, Brutus Jean Derissaint a repris le flambeau de Patrick Martineau. Sa constance, sa discrétion, son sens du dépassement, sa patience et ses choix éclairés ont fait de Brutus le digne successeur de l’illustre maestro.

Ainsi, Zenglen a contribué à donner ou à renforcer la popularité de Gracia Delva, à mettre en avant les compositions de Jean Hérold Richard (Ritchie), à valoriser le talent de Nickenson Prud’homme, et à faire connaître la notoriété de Nicolina Florentino et Eddy Germain, tout en mettant en lumière la puissance d’El Pozo. Le groupe a également offert une vitrine dorée à Sandra DesmornesGisèle PierreDener CeideFrérot Jean-BaptisteReginald CangéKenny DesmanglesEmmy NixWid OctaviusIsy MikeJames NozileMario Désir (Zagalo)Jean-Yves Edwin Sainvil et bien d’autres.

Pourtant, selon ce que laisse entendre Gerrier Guy Webern (Guy Wewe), ces héritiers des premiers succès du groupe chantés par Gary Didier Perez ne l’ont pas accompagné durant sa convalescence, ni moralement ni financièrement. Pire encore, ils n’ont pas jugé nécessaire de lui rendre hommage par une simple présence à son enterrement, malgré tout ce qu’il avait apporté au groupe et à la musique haïtienne.

Parmi les rares à honorer sa mémoire, on compte l’infatigable Akinson Belizaire (Zagalo) et Caleb Desrameau. L’absence de « likes », de « views », de nuitées d’hôtel et de billets d’avion ti cheri n’a pas incité les animateurs, journalistes, influenceurs, télé/radios et journaux — pourtant bénéficiaires de l’inspiration des artistes — à relayer l’événement. Résultat : le départ de Gary Didier Perez est resté largement ignoré.

Seuls trois grands musiciens, Frantz Larèche (Sexy Frantzy)Brutus Jean Derissaint et Dely François (Ti Dely), étaient présents, selon Akinson Belizaire (Zagalo) sur la plateforme Randevou-a. Pendant ce temps, les flyers de promotion des soirées occupaient plus de place sur les pages des artistes actifs les plus connus, faisant oublier que « la reconnaissance est la mémoire du cœur », pour rappeler cruellement que la vraie reconnaissance, c’est l’argent.

Concernant Gracia Delva, il faut tout de même préciser une réalité : son absence aux funérailles s’explique en partie par son impossibilité d’entrer sur le territoire américain. Cela ne le dédouane pas pour autant de l’obligation morale de manifester autrement sa solidarité, ne serait-ce que par un mot public ou une initiative symbolique.

Mizisyen se yon sèl kòd fanmi, chanté par Emmanuel Jean-Baptiste (Ti Manno) depuis environ 45 ans, aurait dû être le credo de tous les musiciens. Mais, hélas, cette maxime peine à s’incarner dans les esprits de ceux qui devraient en être les gardiens, dans une communauté haïtienne qui a tant besoin de solidarité.

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