Haïti, quel pays extraordinaire ! Ici, on ne fait jamais les choses à moitié. On tranche de façon radicale : on élimine un président élu pour confier le destin national à neuf génies du braquage politique. Des experts certifiés en corruption et en effondrement, capables de transformer chaque crise en opportunité… pour eux-mêmes.
Le CPT, un vrai chef-d’œuvre de gouvernance tropicale !
Après deux siècles de crises socio-politiques, voilà enfin l’invention qu’il manquait pour accélérer la décomposition d’un pays déjà réputé en matière d’effondrement politique et économique. Grâce au CPT, chaque jour apporte son lot de territoires perdus, ses rivières de sang, ses millions de gourdes détournées, ses décisions improvisées et ses communiqués pompeux.
Le CPT, c’est la modernité politique. La gouvernance 2.0 : plus besoin d’État, tout se gère à coups de réunions sans fin et de promesses recyclées. Le peuple, très docile dans la misère, ne se révolte pas. Il attend patiemment l’arrivée du sauveur des Nippes, comme on attendait jadis le Messie de Côtes-de-Fer en 2016.
La corruption ? Elle n’a jamais été aussi créative. Elle atteint son summum. Le trafic d’influence est devenu le championnat national, avec son public, ses champions et ses entraîneurs bien connus.
Trois membres du CPT, plusieurs ministres et directeurs généraux sont épinglés dans les rapports d’enquête pour corruption par l’ULCC. Et pourtant, ils sont toujours en fonction, gérant tranquillement les affaires de la cité.
Dans les bureaux, la gabegie administrative atteint des sommets : on signe, on monte des dossiers, on fabrique des commissions, on se réunit dans des hôtels dorés aux frais de la princesse — mais surtout, on ne résout rien. Pendant ce temps, les citoyens observent, impuissants, et se demandent si le “C” de CPT signifie “Comédie”… ou “Catastrophe”.
À l’ère du CPT, les tâtonnements deviennent doctrine, l’improvisation devient méthode. Et quand tout semble s’écrouler, on publie un nouveau communiqué pour annoncer que tout va bien — qu’il faut juste “un peu de temps”.
Pendant ce temps, la Police lance des opérations musclées dans l’Artibonite, dans le Centre et au bas du centre-ville de Port-au-Prince. Des bandits sont mortellement blessés.
Mais Laschobas, Arcahaie, Saint-Marc et Petite-Rivière sont sur le qui-vive. Aucun officiel ne peut se rendre au Palais national sans un dispositif de sécurité impressionnant.
Ironie suprême : plus le CPT s’active, plus le pays s’enfonce — avec la même vitesse qu’un bateau percé qu’on baptise fièrement “Transition nationale de rupture”.
Par Bleck D Desroses


