Solino : le show off du pouvoir après le retrait stratégique des gangs

Le pouvoir exécutif se félicite aujourd’hui d’avoir « repris pied » à Solino, quartier emblématique de la violence des gangs à Port-au-Prince. La visite des plus hautes autorités du pays, sous le label du programme « Retour au quartier », se veut un message fort : aucun territoire ne serait abandonné. Mais ce message résiste mal à l’analyse.

Il n’existe aucune preuve tangible d’une action coercitive ayant contraint les gangs à quitter Solino. Aucun chef arrêté, aucun arsenal saisi, aucune opération structurée annoncée. Le terrain suggère plutôt une stratégie bien connue : les gangs se replient temporairement, réorganisent leurs forces et attendent un contexte plus favorable.

En transformant ce retrait en victoire politique, les autorités bluffent une population épuisée par l’insécurité. Cette communication, déconnectée des faits, fragilise davantage la crédibilité de l’État, déjà perçu comme absent lorsque les gangs imposaient leur loi dans le même quartier, il y a encore quelques mois.

La paix ne se décrète pas par une visite officielle, pas plus qu’elle ne se construit par des slogans. Elle repose sur une présence permanente des institutions, une police renforcée, une justice fonctionnelle et une volonté politique claire de rompre avec les compromis tacites et l’inaction.

À Solino comme ailleurs, le problème n’est pas l’image de l’État, mais sa capacité réelle à protéger les citoyens. Tant que les autorités privilégieront le show off au traitement en profondeur de l’insécurité, chaque accalmie restera suspecte, et chaque annonce triomphale, prématurée.

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