L’Université d’État d’Haïti (UEH) : dernier bastion des acquis démocratiques dans un pays en quête de stabilité

Sanctuaire du savoir et de la liberté

L’Université d’État d’Haïti ne s’est jamais limitée à être un simple espace de formation académique. Depuis sa fondation, elle s’impose comme une institution profondément enracinée dans l’histoire nationale, un foyer d’éveil de la conscience citoyenne et un rempart dans la défense des idéaux démocratiques. Sa composition, faite d’intellectuels engagés, de professeurs critiques et d’étudiants actifs, en a toujours fait un lieu de foisonnement d’idées, d’analyses et de contestation constructive.

L’UEH face aux épreuves de l’histoire politique

Au fil des décennies, notamment durant les heures les plus sombres de l’histoire politique haïtienne, l’UEH s’est dressée face à la répression, refusant le silence et la soumission. Elle a abrité des mouvements de résistance, porté des débats sur l’avenir du pays et donné la parole aux sans-voix. De ses amphithéâtres sont sorties des figures majeures des luttes démocratiques, des penseurs et des leaders sociaux porteurs d’espoir et de changement.

La tradition de mobilisation étudiante, indissociable de son identité, illustre cette vocation démocratique : des soulèvements de 1986 contre la dictature des Duvalier aux protestations contre les ingérences étrangères et la corruption, l’Université a toujours su rappeler à la nation que le savoir est aussi une arme de liberté.

Une décennie d’immobilisme politique

Voilà pourtant bientôt une décennie que le pays n’a connu aucun véritable scrutin pour le renouvellement de son personnel politique. Depuis les élections de 2015 et 2016, et celles, limitées, du tiers du Sénat en 2017, la vie démocratique haïtienne semble suspendue. L’État, pris dans une spirale de crises, tente en vain de se redonner un souffle institutionnel, oscillant entre quête de sécurité et recherche d’une stabilité durable. Depuis l’assassinat du dernier président de la République, le pays s’enlise dans un cycle de dialogues stériles et d’accords sans lendemain, tandis que les nominations au sein des institutions publiques se font au gré des arrangements politiques plutôt qu’au nom de la légitimité populaire.

L’UEH, gardienne d’une démocratie vivante

Dans ce paysage institutionnel effrité, l’Université d’État d’Haïti demeure la seule structure nationale à préserver et à incarner, tant bien que mal, l’esprit démocratique. Dans un pays où tout chancelle, elle reste cette flamme fragile mais persistante qui éclaire encore la conscience citoyenne, rappelant à chacun qu’une nation, même blessée, peut se relever par la force du savoir et la rigueur du débat intellectuel.

Des scrutins exemplaires, une autonomie préservée

Fidèle à ses principes, l’UEH poursuit son chemin d’autonomie et de transparence. En moins d’une décennie, elle a organisé plusieurs scrutins internes exemplaires, respectant les règlements, la régularité et la volonté de la communauté universitaire. En février 2025, l’élection du recteur Dieusseul Prédélus, le plus jeune à accéder à cette fonction dans l’histoire de l’institution, ainsi que celle de ses deux vice-recteurs, a marqué un nouveau jalon dans cette tradition démocratique. Les facultés, de leur côté, continuent d’assurer la relève par le renouvellement régulier des décanats, dans un climat d’équité et de respect mutuel.

Un modèle républicain au cœur du chaos

Pendant que la classe politique peine à assumer ses responsabilités, l’Université d’État d’Haïti démontre qu’il est encore possible de pratiquer la démocratie dans le respect des règles, du débat et de la légitimité. Elle n’est pas seulement un lieu de savoir : elle est aujourd’hui le dernier bastion de la dignité républicaine, un modèle vivant de cohérence institutionnelle et de constance morale.

Une flamme à préserver, une inspiration à suivre

Ne devrions-nous pas, dès lors, tourner notre regard vers cette institution qui, malgré la crise généralisée, continue de faire vivre la rigueur, l’autonomie et la foi en l’avenir ? N’est-ce pas à partir de ce noyau encore sain que pourrait renaître la confiance collective ?

Ainsi, dans un pays où les repères vacillent, l’Université d’État d’Haïti demeure, envers et contre tout, le symbole vibrant d’une démocratie qui refuse de mourir.

Walky TIJIN

Médecin, diplômé de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de l’UEH

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