De quel droit le président dominicain se permet-il de brandir la crise haïtienne comme une bannière diplomatique personnelle à l’ONU ?
Luis Abinader s’apprête à multiplier les rencontres bilatérales à New York, mettant Haïti au centre de son agenda. Il en parle comme d’une « priorité » de sa politique étrangère. Mais derrière ce zèle apparent, une question fondamentale se pose : pourquoi Haïti n’est-elle pas elle-même à la table où son avenir se discute ?
La République dominicaine ne cesse de rappeler sa crainte d’un débordement de la crise haïtienne sur son territoire. Certes, cette inquiétude n’est pas infondée. Mais en transformant cette crise en carte maîtresse de sa diplomatie, Abinader franchit une ligne : il s’arroge un droit de parole qui n’appartient qu’à Haïti.
La Fondation Zile a raison de dénoncer une démarche unilatérale. L’avenir d’Haïti ne peut se négocier par procuration. Les discussions internationales doivent inclure, en premier lieu, la voix haïtienne. Autrement, c’est une mise sous tutelle symbolique qui s’installe, avec le risque d’effacer ce qui reste de souveraineté dans les espaces de décision.
Le 9 septembre, Haïti a pourtant cosigné une feuille de route régionale au sein de l’OEA. Washington et Panama ont eux aussi porté au Conseil de sécurité un projet de résolution contre les gangs. La diplomatie haïtienne existe, mais elle semble réduite au silence.
À l’heure où la communauté internationale redouble d’initiatives sur Haïti, la vraie urgence n’est pas qu’Abinader occupe le vide, mais que Port-au-Prince reprenne la parole. Car un pays dont les autres parlent à sa place est déjà en train de disparaître du concert des nations.


