« Le degré de civilisation d’une société se mesure à la manière dont elle traite ses morts. »
Après l’annonce du départ pour l’orient éternel du talentueux guitariste du groupe Magnum Band, plusieurs informations à son sujet ont particulièrement surpris les plus jeunes, et ceux qui n’ont pas suivi de près l’âge d’or de la musique haïtienne. L’un de ces éléments retient surtout l’attention, l’attachement profond qu’André “Dadou” Pasquet a toujours eu pour Haïti.
Deux faits l’incarnent. Le premier, ses paroles retransmises lors de la soirée d’« Honneur et Mérite » organisée par Havana Guitare Night. Les spectateurs pouvaient presque sentir sa joie d’être reconnu sur le sol haïtien par ses frères de sang et de musique. Le second, la place qu’il donnait à Haïti sur ses albums. Il n’était pas le premier à le faire et ne sera pas le dernier, mais la constance et surtout le nombre de chansons dédiées à Haïti pendant plus de cinquante ans de carrière imposent le respect et l’admiration (Berthony Raphaël, manager Haïti de Magnum Band, invité de Panel Magique sur Radio Magik 9, novembre 2025).
Il a chanté Haïti avec passion. Avec tendresse, il a exalté l’hospitalité des habitants des Cayes « Si ou pa wè m, sa pa vle di mwen kite ou ». (Aux Cayes, 1991). Pourtant, comme Mikaben (Guadeloupe – La 1ère, 2022), Haïti ne sera pas sa dernière demeure. Les musiciens en Haïti sans visa et sans ressources suffisantes n’auront pas l’occasion de lui rendre un dernier hommage. Les bibliothèques ambulantes de la République d’Haïti ne pourront jamais montrer sa tombe aux plus jeunes.
Peut-être que de petits Américains, enfants de parents haïtiens, passeront devant sa tombe sans qu’aucune voix ne leur souffle : « Se youn nan pi bon mizisyen Ayiti te bay ki antere la. Gwo bout tonton mizisyen wi ! » Une phrase simple, juste assez pour éveiller la curiosité et pousser à une recherche sur ChatGPT ou Google, en souvenir discret de celui qui a tant donné.
Comme pour Antoine Rossini Jean-Baptiste (Ti Manno), chanteur adulé (Haïti Légende, 2017), qui avait pourtant chanté : « M p ap mouri nan peyi etranje, mennen m ale lakay mwen » (Ti Manno, David, 1979), le nom du cimetière où reposera Dadou Pasquet ne sera ni en créole ni en français haïtien. Pourtant, il a passé sa vie à chanter en créole, pour dire au monde, à sa manière : « Ayiti granmoun tèt li. » Et sa dernière demeure n’y sera pas. Pa t gen plas pou l repoze lespri l lakay.
Les héritiers cupides, ingrats et lâches trouvent toujours de belles excuses pour ne pas être à la hauteur des grands disparus, mais ils sont toujours très courageux à s’approprier ce pour quoi ils n’ont jamais versé une goutte de sueur.
Pourquoi les fans de Magnum Band et de Dadou n’auraient-ils jamais le droit de lui rendre un dernier hommage devant sa dépouille, comme ce fut le cas pour Robert Denis à l’église Saint-Pierre de Pétion-Ville ?


