Ces jours-ci, en Haïti, le fracas des fusils a cédé la place à une étrange accalmie. Dans les hauteurs de Kenscoff comme dans les ruelles de Solino, on parle de « retour à la normale ». Mais de quelle paix s’agit-il ?
Ce calme n’est que la façade fragile d’un compromis inavoué, où les autorités et les puissances extérieures ont choisi de négocier avec les bourreaux plutôt que de libérer les victimes.
La mise en scène est grossière. On évoque des « combats », des « victoires » contre les gangs, mais la vérité est plus amère : il n’y a pas eu de bataille, seulement des tractations menées dans l’ombre pour réaménager le contrôle du territoire.
Derrière les communiqués officiels, les habitants regagnent des quartiers calcinés, où les murs portent encore la suie des incendies et où les rues ne sont plus que poussière et gravats.
La « paix » qui leur est servie ne se mesure pas en sécurité retrouvée, mais en tôles rouillées redressées à la hâte, en bâches tendues sur des cadres de fortune, en cartons transformés en matelas.
Les ONG, éternelles gestionnaires de l’urgence, trouvent dans ce champ de ruines un nouveau terrain d’action, avec ses financements et ses rapports à produire.
Il ne faut pas s’y tromper : cette paix n’est pas une trêve, encore moins une réconciliation. C’est une capitulation silencieuse. Elle entérine le pouvoir des armes sans tirer un seul coup de fusil. Elle consacre la soumission de l’État à des forces parallèles qu’il feint de combattre. C’est une paix administrée, surveillée, marchandée — tout sauf une paix choisie par ceux qui la subissent.
Combien de fois peut-on demander à un peuple de rebâtir sur des ruines, sans jamais lui offrir de fondations solides ?
Les flammes de ces dernières années ont consumé bien plus que des maisons : elles ont érodé la dignité, laminé l’espoir.
La paix véritable exige un courage politique aujourd’hui absent : celui d’affronter les réseaux qui tiennent le pays en otage, de reconstruire des institutions crédibles, de rendre aux citoyens non pas seulement leurs murs, mais leur avenir.
Tant que cette volonté manquera, Haïti n’aura droit qu’à une paix grise, étouffante, où l’on survit sans jamais vraiment vivre.


