L’économiste français de renom Thomas Piketty relance un débat essentiel : la France doit restituer à Haïti 30 milliards d’euros, somme correspondant à l’indemnité imposée en 1825 par le roi Charles X pour “compenser” les anciens colons esclavagistes après l’indépendance d’Haïti. Une dette injuste, extorquée sous la menace de guerre, qui a asphyxié économiquement le premier État noir libre du monde.
Selon Piketty, ce montant ne représente que 0,2 % du patrimoine privé français — une goutte d’eau pour une nation riche, mais un océan pour Haïti. L’économiste propose que cette restitution se fasse à travers des fonds ciblés pour l’éducation et la santé, rejoignant les recommandations de la Communauté des Caraïbes (Caricom).
Un rapport publié en 2023 par le Centre for Reparation Research, soutenu par l’Union africaine et la Caricom, confirme l’urgence d’une telle réparation. Pourtant, la France et ses alliés occidentaux continuent d’éluder la question, révélant un clivage Nord-Sud persistant et une difficulté à affronter les pages sombres de l’histoire coloniale.
Plus qu’un simple transfert financier, il s’agit ici d’un geste de justice, de reconnaissance et de réconciliation. Le monde ne pourra avancer que si les puissances coloniales assument leur héritage et engagent des réparations concrètes. La balle est désormais dans le camp de la République française. Aura-t-elle le courage moral et politique d’ouvrir ce dialogue historique avec Haïti ?


