Fils du Nord et garant du droit, Emmanuel Vertilaire porte le poids du silence et de l’échec du devoir

Originaire du Nord, le Conseiller-Président Emmanuel Vertilaire, chargé du chantier Justice et Sécurité publique au sein du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), est pour beaucoup une figure très attendue en cette période d’incertitude nationale. Pourtant, son silence face aux difficultés criantes de sa ville natale interpelle, alors même que le Nord ploie sous la pression démographique, l’insalubrité et le désordre institutionnel.

Le Cap-Haïtien traverse une crise sans précédent. À cause de l’insécurité qui ravage Port-au-Prince et ses environs, la ville a vu affluer des milliers de déplacés internes, plus d’un million selon les estimations récentes. Cette population, en quête de refuge, accentue la pression sur des infrastructures déjà fragiles : logement, santé, eau potable et assainissement. Les montagnes de déchets s’accumulent dans les rues, les canaux débordent, et les services publics sont à bout de souffle.

Face à cette situation, la gouvernance locale reste défaillante. Malgré le potentiel économique de la ville — hôtels, commerces, entreprises, activités portuaires — la mairie n’arrive même pas à collecter un million de gourdes de recettes internes. « Il est inacceptable qu’une mairie n’arrive pas à collecter un million de gourdes avec tous les revenus générés par la ville », dénoncent de nombreux acteurs du secteur privé, pointant un manque criant de leadership, de transparence et de volonté politique.

Dans ce contexte, le rôle de l’ancien juge Emmanuel Vertilaire revêt une portée symbolique et institutionnelle majeure. En tant que responsable du chantier Justice et Sécurité publique, il est directement interpellé par l’effondrement de l’appareil judiciaire et par la montée vertigineuse de l’impunité. Depuis la destruction du Palais de justice de Port-au-Prince par les gangs, les tribunaux fonctionnent au ralenti, souvent sans moyens ni sécurité. Cette paralysie nourrit la loi du plus fort et fragilise davantage les fondements de l’État de droit.

L’État de droit ne peut exister en Haïti si la sécurité juridique n’est pas garantie. Emmanuel Vertilaire, par ses fonctions, porte une responsabilité directe dans la relance du système judiciaire et dans la mise en œuvre d’une réforme pénale capable de restaurer la confiance des citoyens. Mais comment prôner la justice et la sécurité à l’échelle nationale quand la deuxième ville du pays, sa propre ville, s’enlise dans la désorganisation et l’abandon institutionnel ?

L’heure n’est plus aux discours de transition, mais à l’action, à la transparence et à la reddition de comptes. Les Haïtiens, du Cap au Sud, attendent des dirigeants qu’ils incarnent enfin la rupture avec les pratiques d’inaction et d’impunité qui minent la République.

Emmanuel Vertilaire doit comprendre qu’il ne s’agit plus seulement de diriger un chantier technique, mais de défendre un principe fondamental : la justice comme condition de survie nationale. S’il échoue à relever ce défi, il ne sera pas seulement jugé par l’histoire politique, mais aussi par cette génération d’Haïtiens qui, chaque jour, subit les conséquences de l’injustice et du désordre qu’il devait combattre.

Quand la justice s’éteint, c’est tout un pays qui sombre. Et lorsque le Cap-Haïtien, ville historique et berceau de la liberté, s’enlise dans la misère et l’abandon, la responsabilité politique devient une obligation morale. Emmanuel Vertilaire, fils du Nord et garant du chantier Justice, doit aujourd’hui répondre de son silence et de son inaction.

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