Il y a de quoi rester perplexe. Vendredi 27 juin 2025, les États-Unis annonçaient la fin du Statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens, considérant que la situation en Haïti s’est suffisamment améliorée pour permettre un retour « en toute sécurité ». Dans le même temps, il y a deux jours à peine, Washington exhortait ses propres ressortissants à quitter Haïti sans délai et déconseillait formellement à quiconque de s’y rendre.
Comment comprendre ce grand écart diplomatique et humanitaire ? Comment un pays peut-il être jugé trop dangereux pour des citoyens américains, tout en étant supposément assez sûr pour le retour de milliers d’Haïtiens ?
Au-delà des mots officiels, cette décision révèle une logique implacable : celle d’une politique migratoire qui, sous couvert de sécurité nationale, privilégie l’expulsion des plus vulnérables. Le message est clair : le TPS, pourtant censé protéger contre un retour risqué, devient un outil dont on se débarrasse quand la pression politique ou migratoire se fait trop forte.
Certes, personne ne souhaite que le TPS devienne un statut permanent. Mais nier la réalité haïtienne actuelle — marquée par l’instabilité politique, l’insécurité, la violence des gangs et la crise humanitaire — relève soit de l’aveuglement, soit du cynisme.
Les États-Unis doivent faire preuve de cohérence et d’humanité. Il est inacceptable d’exiger le départ précipité de leurs propres citoyens tout en renvoyant des Haïtiens vers un pays qu’eux-mêmes jugent dangereux. Haïti mérite mieux que des décisions prises au gré des intérêts politiques américains. Et les Haïtiens sous TPS méritent mieux que d’être traités comme une variable d’ajustement migratoire.


