Face à l’aggravation de la crise économique, à l’insécurité alimentaire et à la dépendance croissante aux marchés étrangers, la question du modèle économique haïtien revient avec insistance : Haïti doit-elle continuer à miser principalement sur les importations ou relancer sa production nationale ?
Dans une réflexion approfondie consacrée à l’économie haïtienne, Inel Torchon met en lumière les faiblesses structurelles du pays ainsi que les pistes pouvant conduire à une relance durable de la production nationale.
Selon l’analyse développée par Inel Torchon, l’économie haïtienne est devenue extrêmement dépendante des produits importés, notamment le riz, les produits manufacturés et plusieurs biens de consommation courante. Cette situation expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux, à la hausse du dollar américain et aux crises logistiques mondiales.
L’auteur rappelle qu’avant les grandes politiques de libéralisation économique des années 1980 et 1990, Haïti parvenait à produire une grande partie de ses besoins alimentaires. Cependant, la baisse des tarifs douaniers imposée dans le cadre des programmes d’ajustement structurel a favorisé l’arrivée massive de produits étrangers subventionnés, particulièrement le riz américain, provoquant un recul important de la production locale.
Cette ouverture économique mal encadrée aurait accéléré l’exode rural, affaibli les paysans et renforcé la concentration économique entre les mains de quelques groupes dominants.
Le texte insiste sur l’état préoccupant du secteur agricole haïtien. Faible mécanisation, manque d’irrigation, absence d’infrastructures rurales, difficultés d’accès au crédit et vulnérabilité climatique constituent autant d’obstacles freinant la productivité nationale.
Pour l’auteur, l’agriculture demeure pourtant un secteur stratégique capable de garantir la sécurité alimentaire et de réduire la pauvreté dans les zones rurales. Il estime qu’aucune relance économique durable ne sera possible sans une véritable politique de redressement agricole.
Inel Torchon souligne également que la dégradation des campagnes et l’absence d’investissements dans les provinces ont contribué à l’exode vers Port-au-Prince, aggravant la précarité urbaine et les tensions sociales.
Au-delà de l’agriculture, l’auteur observe que le secteur industriel haïtien peine à se développer dans un contexte marqué par l’insécurité, les coupures d’électricité, les coûts élevés de production et les difficultés logistiques.
Le secteur manufacturier, notamment celui de l’assemblage textile, a enregistré une baisse significative de ses exportations et de nombreux emplois ont disparu au cours des dernières années.
L’analyse pointe également la forte concentration des richesses dans certains groupes économiques influents contrôlant des secteurs stratégiques comme les ports, les importations, l’énergie, les banques et la distribution.
Malgré ce constat difficile, l’auteur estime qu’Haïti dispose encore d’importants leviers pour reconstruire son économie. Il plaide pour une stratégie de développement fondée sur :
- le soutien à la production agricole ;
- le financement des petites et moyennes entreprises ;
- le développement des infrastructures rurales ;
- la modernisation des filières industrielles ;
- la formation technique et professionnelle ;
- une politique industrielle adaptée ;
- et un protectionnisme intelligent capable de protéger temporairement certaines productions nationales.
L’auteur évoque également l’importance du transfert de compétences de la diaspora, du renforcement institutionnel et d’une gouvernance plus stable afin d’encourager les investissements productifs.
Dans sa conclusion, Inel Torchon précise que la solution ne consiste pas à rejeter totalement les importations, mais plutôt à réduire la dépendance excessive du pays envers l’extérieur.
Selon lui, produire davantage en Haïti représente une nécessité économique et stratégique pour créer des emplois, renforcer la sécurité alimentaire et construire une économie plus résiliente face aux crises internationales.
Cette réflexion met en évidence l’urgence pour Haïti de repenser son modèle économique autour d’une vision de long terme capable de valoriser les ressources nationales et de restaurer les capacités productives du pays.


