Plus de cinquante détenus sont décédés dans les prisons haïtiennes entre juillet et septembre 2025, selon un rapport des Nations Unies. Ces décès seraient liés à des conditions de vie qualifiées d’« inhumaines et dégradantes » : manque de soins médicaux, cellules insalubres, nourriture insuffisante et accès limité à l’eau potable. L’ONU pointe du doigt un système carcéral en crise, reflet du dysfonctionnement global de la justice haïtienne.
Les établissements pénitentiaires du pays sont gravement surpeuplés. Plus de 7 200 personnes y sont détenues, parfois dans des espaces trois fois inférieurs à leur capacité. Les condamnés partagent souvent les cellules avec des prévenus, et des mineurs sont emprisonnés avec des adultes, en violation des normes internationales. Dans certains cas, les détenus passent des années derrière les barreaux sans procès, faute d’un système judiciaire opérationnel.
La violence des gangs dans la capitale, Port-au-Prince, accentue la crise. Les affrontements et les attaques contre les prisons ont conduit à plusieurs évasions massives, notamment celle de plus de 4 600 détenus en 2024. Ces incidents ont paralysé davantage la justice haïtienne, déjà affaiblie par la fermeture de nombreux tribunaux.
Face à cette situation, les Nations Unies ont intensifié leurs efforts pour appuyer la réforme du système pénitentiaire haïtien. Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) collabore avec le ministère de la Justice pour améliorer les conditions de détention, former le personnel pénitentiaire et organiser des audiences dans les prisons afin de réduire la détention préventive.
Pour William O’Neill, Expert des Nations Unies sur la situation des droits humains en Haïti, il est urgent que les autorités nationales assument pleinement leurs responsabilités. « L’ONU peut soutenir les réformes, mais il faut des résultats durables », a-t-il déclaré. Selon lui, la crise des prisons en Haïti est avant tout le symptôme d’un État affaibli, qui doit être reconstruit sur les bases de la justice, de la dignité et du respect des droits humains.


