Santia Duvano : « Le 3 avril, un héritage de lutte que nous devons honorer chaque jour »

En ce 3 avril 2025, Haïti célèbre la Journée nationale du mouvement des femmes haïtiennes, marquant 39 ans d’engagement et de résilience. Cette date trouve son origine dans l’insurrection courageuse des femmes du 3 avril 1986, qui, au lendemain de la chute de la dictature duvaliériste, réclamaient leur place dans le processus de démocratisation du pays. Aujourd’hui, la lutte pour les droits des femmes reste d’une brûlante actualité.

Parmi celles qui portent haut ce combat, Santia Duvano s’impose comme une figure emblématique de l’engagement humanitaire et de la défense des droits des femmes en Haïti. Nous l’avons rencontrée pour qu’elle partage sa vision de cette journée et son combat quotidien.

VeliPost : Santia Duvano, qu’est-ce que cette journée du 3 avril représente pour vous aujourd’hui ?

Santia Duvano : C’est une date hautement symbolique. Elle nous rappelle que les droits que nous avons aujourd’hui sont le fruit de la lutte acharnée de celles qui nous ont précédées. Mais c’est aussi un rappel que rien n’est acquis. Les femmes haïtiennes continuent de faire face à d’innombrables défis : violences, discrimination, marginalisation économique et politique. Ce 3 avril, je veux avant tout rendre hommage à toutes celles qui se battent au quotidien, souvent dans l’ombre, pour que nous avancions.

VeliPost : Comment votre engagement s’inscrit-il dans cette continuité ?

Santia Duvano : Mon combat se situe dans l’action. Je crois en l’autonomisation des femmes, en leur capacité à transformer leur réalité. Avec mon organisation “Mains Unis”, nous travaillons sur le terrain pour accompagner les femmes vulnérables. Nous voulons leur donner des outils concrets pour qu’elles puissent revendiquer leur place, non seulement en tant que victimes, mais surtout en tant qu’actrices du changement.

VeliPost : Vous parlez de défis, quels sont ceux qui vous semblent les plus urgents en 2025 ?

Santia Duvano : La violence genrée reste un problème majeur, mais aujourd’hui, elle est aggravée par l’insécurité généralisée due aux gangs armés. Trop de femmes vivent sous la menace constante d’enlèvements, de violences sexuelles et de déplacements forcés. Cette situation les prive de leur liberté et les expose à des traumatismes profonds.

L’exclusion économique est aussi plus alarmante que jamais. Avec l’instabilité actuelle, beaucoup de femmes ont perdu leurs moyens de subsistance. Elles ne peuvent plus exercer leurs activités commerciales en toute sécurité, et celles qui avaient un emploi le voient menacé par la crise. Sans indépendance financière, elles deviennent encore plus vulnérables aux violences et aux abus.

Enfin, il est urgent que les femmes puissent occuper des postes de décision pour apporter des solutions à cette crise. Trop peu de femmes sont en mesure d’influencer les décisions sécuritaires et politiques du pays. 

VeliPost : Dans ce contexte difficile, où trouvez-vous votre motivation ?

Santia Duvano : Dans les histoires des femmes que je rencontre. Lorsqu’une femme reprend le contrôle de sa vie après des années de souffrance, lorsqu’elle ose lancer un commerce, reprendre des études, ou même simplement dire « non » à l’injustice, je sais que nous sommes sur la bonne voie.

VeliPost : Quel message aimeriez-vous transmettre en cette Journée nationale du mouvement des femmes haïtiennes ?

Santia Duvano : Que nous devons rester unies. La force du mouvement féministe haïtien réside dans sa solidarité. Peu importe les obstacles, nous devons continuer à nous battre, à éduquer, à revendiquer. Le 3 avril n’est pas qu’une date commémorative, c’est un engagement quotidien.

En ce 3 avril, les paroles de Santia Duvano résonnent comme un appel à la résilience et à l’action. Un message fort pour que l’héritage des femmes du 3 avril 1986 continue d’inspirer les générations futures.

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