Un quart de siècle d’impunité pour Jean Dominique

Vingt-cinq ans. Un quart de siècle d’attente, de promesses creuses, de procédures dilatoires et d’indifférence institutionnelle. Un quart de siècle que les assassins de Jean Dominique, journaliste courageux et figure emblématique de la presse haïtienne, continuent de se fondre dans l’ombre d’un système gangrené par l’impunité.

Le 3 avril 2000, les balles qui ont fauché Jean Dominique et son gardien, Jean-Claude Louissaint, n’ont pas seulement réduit au silence un journaliste. Elles ont aussi ouvert une plaie béante dans le combat pour la liberté de la presse en Haïti. Une plaie qui, vingt-cinq ans plus tard, ne s’est jamais refermée. Parce que la justice n’a jamais été rendue. Parce que les coupables, ceux qui ont donné l’ordre et ceux qui l’ont exécuté, se savent protégés par l’inaction des autorités.

L’affaire Jean Dominique est le symbole même de la faillite du système judiciaire haïtien. Aujourd’hui encore, elle reste bloquée à la Cour de Cassation, noyée sous des recours infinis et des manœuvres dilatoires orchestrées par des acteurs politiques influents. Depuis des années, chaque avancée est stoppée net, chaque tentative de justice est sabotée. Pendant ce temps, les familles des victimes continuent d’attendre un procès, une condamnation, une reconnaissance officielle de la vérité.

Mais cette attente n’est pas seulement celle des proches de Jean Dominique. Elle est celle de toute une nation. Car l’impunité qui protège les assassins du journaliste est la même qui alimente l’insécurité, la corruption et l’injustice dans le pays. Elle envoie un message glaçant à tous ceux qui osent dénoncer les abus : ici, la vérité se paie au prix du sang, et les bourreaux restent impunis.

Aujourd’hui, SOS Journalistes et d’autres organisations de la société civile refusent de se résigner. Elles rappellent avec force que l’affaire Jean Dominique n’est pas une page tournée, mais un chapitre en suspens de notre histoire nationale. Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ont une responsabilité : celle de garantir que ce dossier ne soit pas enterré définitivement, que justice soit rendue.

L’assassinat de Jean Dominique n’est pas qu’un fait du passé. C’est une plaie ouverte qui nous rappelle, chaque 3 avril, que tant que la justice ne triomphera pas, les assassins seront toujours dans la ville, libres, confiants, certains que leur crime restera impuni. Mais la société haïtienne doit leur prouver le contraire. L’heure est venue d’exiger la vérité. L’heure est venue de briser le cycle infernal de l’impunité.

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