DG Paraison, c’est à Kenscoff et dans l’Artibonite qu’on a besoin de vous

Monsieur le Directeur général,

Ce n’est pas à Delmas, au milieu des contrôles routiers, que votre présence est la plus attendue. Ce n’est pas devant un véhicule arrêté pour vérifier un permis, une assurance ou une autorisation de vitres teintées que se joue aujourd’hui le principal combat de la Police nationale d’Haïti.

C’est à Kenscoff. C’est dans l’Artibonite. C’est dans ces zones où des policiers affrontent quotidiennement des groupes lourdement armés, parfois au prix de leur vie.

Votre présence sur le terrain peut être utile. Elle peut rassurer les policiers et démontrer que le haut commandement n’est pas déconnecté de la réalité. Mais, Monsieur le DG, votre responsabilité première est ailleurs : elle est là où vos hommes sont sous le feu.

Quand des policiers sont engagés dans des opérations à haut risque, ils ont besoin de renseignements fiables, de drones, de blindés opérationnels, de munitions, de communications efficaces, de renforts rapides et d’une chaîne de commandement capable d’anticiper les mouvements de l’adversaire.

Ils ont surtout besoin de savoir qu’ils ne seront pas abandonnés lorsqu’ils entrent dans une zone contrôlée par des groupes armés.

L’attaque de Viard 2 à Kenscoff, au cours de laquelle des policiers ont été blessés et un blindé de la PNH incendié, rappelle brutalement cette réalité. Elle soulève une question que le haut commandement ne peut pas esquiver : les moyens disponibles sont-ils réellement déployés là où le danger est le plus élevé ?

Cette question est d’autant plus importante que les groupes armés ne sont plus de simples bandes improvisées. Ils observent, renseignent leurs positions, connaissent le terrain et exploitent les failles des dispositifs de sécurité.

Dans ces conditions, envoyer des policiers dans une zone hostile sans couverture suffisante, sans renseignement en temps réel ou sans capacité de renfort rapide peut avoir des conséquences dramatiques.

Le directeur général de la PNH n’a pas vocation à devenir un agent de circulation. Sa mission est beaucoup plus grande.

Il doit commander, anticiper, coordonner et donner aux unités engagées au front les moyens de gagner du terrain.

À Kenscoff, les policiers ont besoin de leur DG.

Dans l’Artibonite, où des axes stratégiques restent menacés par les groupes armés, ils ont besoin de leur DG.

Dans les zones où des policiers risquent leur vie pour reprendre le contrôle du territoire, ils ont besoin de leur DG.

Et lorsque les opérations deviennent difficiles, ils ont besoin de sentir que le sommet de la hiérarchie est derrière eux, non seulement en paroles, mais surtout en moyens et en décisions.

Il ne s’agit pas de reprocher au DG Paraison de descendre sur le terrain. La proximité avec les troupes est importante. Mais la question est celle de la priorité stratégique.

La PNH ne gagnera pas la bataille contre les gangs en multipliant les images de contrôles routiers. Elle la gagnera en protégeant ses policiers, en améliorant son renseignement, en sécurisant durablement les territoires repris et en empêchant les groupes armés de dicter leur rythme aux forces de l’ordre.

Monsieur le Directeur général, les Haïtiens n’ont pas seulement besoin de vous voir.

Ils ont besoin de vous là où leurs policiers vous attendent le plus.

À Kenscoff.

Dans l’Artibonite.

Sur les fronts où se joue réellement l’autorité de l’État.

NON DG, c’est là qu’on a besoin de vous.

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