Le procès fédéral en cours à Miami, consacré à l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse, a franchi une nouvelle étape avec la déposition de John Joël Joseph. À la sixième semaine des audiences, son témoignage a livré une version détaillée des heures ayant précédé le drame du 7 juillet 2021, tout en mettant en cause plusieurs acteurs déjà cités dans le dossier.
Devant la cour, John Joël Joseph, âgé de 55 ans, a déclaré avoir travaillé étroitement avec les procureurs américains, affirmant avoir participé à une trentaine de séances de préparation avant de témoigner. Il explique avoir longtemps retenu certaines informations par peur de représailles, avant de décider de parler plus librement.
Selon sa version des faits, l’opération initialement envisagée ne devait pas conduire à la mort du chef de l’État. Il s’agissait, au départ, d’une arrestation fondée sur un mandat judiciaire. Mais ce plan aurait été progressivement modifié, impliquant notamment des éléments liés à la sécurité présidentielle et à la Police nationale d’Haïti.
Cette dérive aurait abouti, toujours selon lui, à l’assaut armé mené lors de l’arrivée du commando colombien à la résidence privée du président.
Dans son récit, plusieurs personnalités sont citées comme ayant joué des rôles déterminants dans la préparation ou l’organisation de l’opération.
Sans être formellement inculpé aux États-Unis, Joseph Félix Badio est présenté comme un acteur influent en coulisses, même s’il ne serait pas, selon le témoin, le véritable chef du dispositif.
John Joël Joseph affirme plutôt que James Solages aurait dirigé l’action sur le terrain.
Il accuse également Badio d’avoir facilité certains aspects logistiques, notamment la location de véhicules et la mise à disposition de faux insignes de la DEA ainsi que de plaques diplomatiques destinées à donner une apparence officielle à l’opération.
Le témoin évoque aussi des discussions liées à l’après-assassinat. Selon lui, un scénario aurait été envisagé pour installer la juge Windelle Coq Thélot à la tête du pays.
Ce plan aurait supposé la participation de plus de 100 membres de la sécurité du Palais national soudoyés à 1 000 $ chacun ainsi que de responsables policiers, dont Dimitri Hérard.
Parmi les éléments les plus choquants de sa déposition, John Joël Joseph rapporte qu’une option extrême aurait même été discutée : la disparition du corps du président, évoquée sous une forme particulièrement violente, ce qui ajoute encore à la gravité des accusations entendues dans ce procès.
Selon le témoin, les principaux protagonistes se seraient retrouvés chez Rodolphe Jaar la veille de l’attaque. Sur place, les échanges portaient sur l’organisation finale, tandis que les hommes du commando colombien préparaient leur matériel.
C’est à ce moment qu’il aurait compris, dit-il, que la mission avait changé de nature : d’une arrestation, elle serait devenue une opération visant à « éliminer et incendier » le président et son épouse.
Toujours selon son témoignage, James Solages aurait pris possession de son véhicule, le laissant temporairement à l’écart des événements.
Peu après, il affirme avoir été informé de coups de feu intenses autour de la résidence présidentielle. Au téléphone, Solages lui aurait demandé de ne pas intervenir, avant d’annoncer plus tard que le président avait été tué.
Dans les heures qui ont suivi, John Joël Joseph dit s’être caché, évoquant une situation totalement désorganisée et l’absence de plan structuré pour l’après-crime.
Il affirme avoir refusé toute participation à des démarches visant à installer un nouveau pouvoir ou à organiser des mobilisations politiques, estimant que cela l’aurait directement lié à l’assassinat.


