En Haïti, les accords politiques se suivent et se ressemblent. Et parmi les acteurs les plus constants dans ce cycle sans fin, Moïse Jean-Charles occupe une place singulière. Le leader du parti Pitit Dessalines vient de parapher, avec d’autres formations politiques, un nouveau document baptisé « Consensus politique pour le redressement national et la réorientation de la transition ». Ironie du sort : celui qui a toujours dénoncé les « accords fabriqués pour diviser le peuple » se retrouve à nouveau au cœur d’une manœuvre politique qui ressemble à toutes les précédentes.
Après l’échec de Pitit Dessalines au ministère de l’Agriculture, Jean-Charles Moïse profite de cette nouvelle dynamique pour réclamer une nouvelle transition, dans l’espoir d’obtenir le ministère de l’Intérieur, un poste stratégique pour renforcer sa position politique.
Ce nouvel accord, présenté comme une réponse à l’inefficacité du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), propose la création d’un exécutif bicéphale — un Président et un Premier ministre — pour conduire une nouvelle phase de la transition. Le texte exige la fin du mandat du CPT le 7 février 2026. Mais là encore, Moïse Jean-Charles se retrouve face à ses propres contradictions : son parti Pitit Dessalines a bel et bien un représentant au sein même de ce Conseil qu’il critique aujourd’hui.
Cette posture alimente un profond malaise au sein de la population et du milieu politique. Car, comment un acteur ayant contribué à façonner l’actuel cadre de transition peut-il, en si peu de temps, le condamner pour inefficacité ? La stratégie de Moïse Jean-Charles semble claire : se repositionner politiquement, tenter de se refaire une image et ne pas rester en marge d’une nouvelle redistribution des cartes.
Pour de nombreux observateurs, ce comportement traduit une incohérence flagrante et un manque de vision politique à long terme. Moïse Jean-Charles, qui se présentait naguère comme le porte-voix des opprimés, semble désormais piégé par la logique des arrangements politiques qu’il dénonçait hier.
Une chose est sûre : à force de s’engager dans chaque transition, Moïse Jean-Charles finit par incarner ce qu’il prétend combattre. Et pendant que les dirigeants rejouent le même scénario avec de nouveaux acteurs, le peuple haïtien, lui, attend toujours la véritable rupture qui tarde à venir.


