Plus de 16 000 morts en Haïti depuis 2022, alerte Volker Türk devant le Conseil des droits de l’homme à Genève

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a sonné l’alarme devant le Conseil des droits de l’homme : la situation en Haïti « a atteint un point critique ». Dans un discours prononcé lors de la 60ᵉ session, il a dressé un tableau sombre de la violence, des violations massives des droits et de l’effondrement humanitaire qui menacent non seulement le pays mais la région.

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2022, plus de 16 000 personnes ont été tuées et environ 7 000 blessées dans des violences liées aux gangs, a indiqué M. Türk. Le Conseil de sécurité a renforcé, le 30 septembre 2025, la mission internationale en la transformant en Force de répression des gangs — une décision saluée comme « un signal fort de soutien international », mais qui, selon le Haut-Commissaire, doit impérativement s’accompagner de garanties en matière de droits humains.

Les gangs ont étendu leur emprise au-delà de Port-au-Prince, semant la terreur dans des zones comme le Bas-Artibonite et le département du Centre. Les groupes armés contrôlent des axes routiers, imposent des extorsions aux habitants, détournent l’aide alimentaire et détruisent des infrastructures publiques — hôpitaux, écoles, bâtiments administratifs.

M. Türk a aussi mis en garde contre le risque d’« import-export » de criminalité : trafic d’armes, de drogues et de personnes pourraient se développer et déstabiliser la sous-région. Selon le Bureau des Nations unies, entre 270 000 et 500 000 armes à feu circuleraient illégalement en Haïti, majoritairement entre les mains des gangs.

Le Haut-Commissaire a insisté sur le sort tragique des enfants. L’UNICEF estime qu’un enfant sur sept n’est pas scolarisé et près d’un million risquent d’abandonner l’école. De plus en plus d’enfants sont victimes de traite, d’exploitation ou sont recrutés par des gangs pour servir de coursiers, de guetteurs ou de combattants.

Une mesure positive citée par Türk : l’ouverture, en juillet, du premier Centre de transit et d’orientation à Port-au-Prince pour accueillir et réinsérer les enfants anciennement associés aux gangs. Mais il a appelé à multiplier ce type d’initiatives.

Le discours n’épargne pas non plus les forces de l’ordre haïtiennes. Le Haut-Commissaire a fait état d’un usage « inutile et disproportionné » de la force par les autorités, responsable de plus de la moitié des morts et blessés cette année — une hausse marquée par rapport à 2024. Il a dénoncé l’exécution sommaire de 174 personnes par des unités spécialisées et signalé l’emploi de drones explosifs : à la mi-septembre, au moins 559 personnes — dont 11 enfants — auraient été tuées par ces frappes, actes « probablement illégaux » au regard du droit international.

M. Türk a demandé des enquêtes indépendantes et des poursuites effectives, soulignant que la lutte contre l’impunité doit concerner tous les auteurs, y compris au sein des institutions de l’État.

Sur le plan humanitaire, la situation est catastrophique : 6 millions de personnes (la moitié de la population) ont besoin d’assistance, dont 3,3 millions d’enfants. Environ 1,3 million de personnes ont été déplacées, la moitié d’entre elles étant des enfants. Haïti figure désormais parmi les cinq foyers mondiaux d’insécurité alimentaire les plus préoccupants, a rappelé le Haut-Commissaire.

Face à l’ampleur de la crise, Volker Türk a lancé un appel pressant à la communauté internationale. Il a demandé l’application stricte de l’embargo sur les armes décidé par le Conseil de sécurité, un meilleur contrôle aux frontières et un soutien financier et en effectifs à la nouvelle Force de répression des gangs — à condition que ses opérations reposent sur des « garanties robustes » en matière de droits humains. Son bureau se dit prêt à fournir des conseils pour encadrer ces opérations conformément au droit international.

Pour M. Türk, la réponse doit aller au-delà de l’intervention sécuritaire : éradiquer l’impunité, lutter contre la corruption, et s’attaquer aux inégalités et à la pauvreté sont des conditions indispensables pour restaurer l’État de droit et briser la spirale de violence.

« Nous pouvons — et devons — renverser la situation pour le peuple haïtien », a conclu le Haut-Commissaire. L’urgence est manifeste. Reste à transformer les annonces internationales en actions concrètes, rapides et respectueuses des droits humains, pour éviter que le pays ne tombe encore plus profondément dans le chaos.

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