Haïti face aux défis climatiques : Ruth Sherline Jean-Claude plaide pour des solutions durables

LES CAYES, HAÏTI – Dans un contexte marqué par les impacts grandissants des changements climatiques, Ruth Sherline Jean-Claude, ingénieure agronome et PDG du Centre de Renforcement des Acteurs de la Production Agricole (CRAPA), dresse un tableau alarmant des défis auxquels fait face l’agriculture haïtienne. Basée aux Cayes, dans le département du Sud, elle appelle à des actions concertées pour renforcer la résilience agricole et lutter contre l’insécurité alimentaire.

Les sécheresses intenses, les pluies irrégulières et les températures élevées contribuent à une dégradation accélérée des sols en Haïti. Ces phénomènes climatiques, combinés à la déforestation massive, exacerbent l’érosion des terres agricoles, entraînant des pertes considérables pour les producteurs. À cela s’ajoutent des cyclones et inondations récurrents qui détruisent les infrastructures et aggravent les conditions de vie des populations rurales.

« L’insécurité alimentaire s’aggrave, forçant de nombreux jeunes et producteurs à migrer vers les villes ou à l’étranger », déplore Mme Jean-Claude. Cette migration contribue à l’appauvrissement des zones rurales, déjà privées de ressources et d’innovation.

Malgré les efforts pour introduire des cultures adaptées, renforcer la conservation des sols et lancer des projets de reboisement, les initiatives restent insuffisantes. « Le manque de ressources financières et l’insécurité foncière freinent les investissements dans des pratiques agricoles durables », explique l’agronome.

Ruth Sherline Jean-Claude insiste également sur le rôle clé des femmes dans la résilience agricole, tout en soulignant la nécessité d’un soutien accru en matière de formation et de financement pour leur permettre de contribuer pleinement à ces efforts.

Pour faire face à ces défis, Mme Jean-Claude propose plusieurs solutions concrètes :

Mobilisation de la diaspora : Investir dans des projets agricoles résilients et offrir un soutien technique et financier.

Crédits verts à 0 % d’intérêt : Encourager les initiatives écologiques et la transition vers des pratiques agricoles durables.

Pôles de recherche-développement : Mettre en place au moins trois centres dédiés aux changements climatiques et à la sécurité alimentaire, en collaboration avec les universités.

Agroforesterie dans le Grand Sud : Prioriser cette approche pour protéger la biodiversité, lutter contre l’érosion des sols et améliorer les conditions de vie des agriculteurs.

Renforcement des chaînes de valeur agricoles : Améliorer la transformation, le stockage et la commercialisation des produits pour réduire les pertes post-récolte.

Elle appelle également à un engagement collectif entre les autorités locales, la diaspora et les organisations internationales pour mettre en place des infrastructures résilientes, comme des systèmes d’irrigation modernes et des routes agricoles.

Malgré les nombreux défis, Ruth Sherline Jean-Claude reste optimiste quant à l’avenir de l’agriculture en Haïti. « En valorisant les connaissances locales et en combinant les savoir-faire traditionnels avec des approches modernes, nous pouvons construire une Haïti résiliente face aux changements climatiques », conclut-elle.

Pour cette agronome et entrepreneure engagée, seule une approche proactive et collective permettra de transformer les défis en opportunités et de garantir un avenir durable aux générations futures.

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