Dans une lettre ouverte adressée aux responsables de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), Lekendy Marcellus, citoyen haïtien, juriste de formation et titulaire d’un master en leadership et développement, appelle l’organisation régionale à repenser son approche de la médiation politique en Haïti. Il plaide notamment pour une plus grande implication de la jeunesse ainsi que des institutions jugées crédibles dans la recherche d’une sortie durable à la crise.
Dans son document, l’auteur rappelle que la crise politique et institutionnelle qui secoue Haïti s’est profondément aggravée depuis l’assassinat du président de la République en juillet 2021. Il souligne que l’insécurité grandissante, la montée de la criminalité organisée et la détérioration des conditions de vie de la population rendent indispensable un changement d’approche dans les efforts de médiation.
S’il reconnaît le rôle central joué par la CARICOM dans les différentes initiatives de dialogue, Lekendy Marcellus estime toutefois que les mécanismes mis en œuvre jusqu’à présent suscitent de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique haïtienne. Selon lui, les processus engagés ont trop souvent reposé sur les mêmes acteurs politiques, dont les résultats passés ne permettent pas d’espérer un véritable renouveau.
À travers sa lettre, il adresse plusieurs questions à l’organisation régionale. Il s’interroge notamment sur la volonté réelle de la communauté internationale de favoriser une solution durable à la crise haïtienne, sur la capacité du processus actuel à rompre avec les pratiques antérieures et sur les raisons qui expliquent la faible représentation des jeunes dans les espaces de décision et de dialogue politique.
L’auteur défend l’idée que la jeunesse haïtienne constitue une ressource stratégique encore insuffisamment mobilisée. Il affirme que de nombreux jeunes professionnels, issus des universités, de la société civile, du secteur privé ou des collectivités locales, disposent des compétences nécessaires pour contribuer activement à la reconstruction du pays et ne devraient plus être relégués au second plan.
Au-delà de ce constat, Lekendy Marcellus avance une proposition institutionnelle. Il suggère la mise en place d’un exécutif transitoire bicéphale composé de représentants issus des milieux universitaires et de la Cour de cassation. Selon lui, ces deux institutions disposent d’une légitimité morale et d’une crédibilité susceptibles de favoriser le rétablissement de l’autorité de l’État, le renforcement de la sécurité nationale et l’organisation d’élections libres, crédibles et inclusives.
Tout en insistant sur le respect des principes constitutionnels et de l’intérêt supérieur de la Nation, il estime qu’une telle formule permettrait d’intégrer davantage les compétences académiques et judiciaires dans la gouvernance de la transition.
En conclusion, Lekendy Marcellus invite la CARICOM à faire preuve d’« audace historique » en ouvrant plus largement les mécanismes de dialogue aux nouvelles générations. Pour lui, l’intégration de la jeunesse dans les processus décisionnels ne constitue pas seulement un impératif démocratique, mais également un choix stratégique indispensable pour construire une paix durable et engager la reconstruction d’Haïti.


