Dans un texte long et incisif intitulé « Le CPT, symbolisme des blattes au Palais national en 2026 », l’analyste politique Inel Torchon livre une charge frontale contre le Conseil présidentiel de transition (CPT), qu’il tient pour largement responsable de l’effondrement institutionnel, sécuritaire et économique du pays.
À travers une écriture pamphlétaire assumée, l’auteur inscrit les membres du CPT dans ce qu’il qualifie d’« épopée négative » de l’histoire haïtienne, appelant les générations futures à se souvenir de leur passage au Palais national comme celui d’une transition manquée, coûteuse et déconnectée des aspirations populaires.
Un acte d’accusation contre la transition
L’auteur va plus loin en décrivant une équation politique à somme nulle, dans laquelle se conjuguent :
- la violence des groupes armés,
- l’inefficacité et les dérives du CPT,
- l’opportunisme des partis politiques traditionnels,
- et le rôle prédominant d’oligarchies économiques accusées de piller les ressources nationales.
Selon lui, cette convergence d’intérêts a plongé Haïti dans un cycle de chaos durable.
La question explosive de la présence américaine
Au-delà de la critique du CPT, le texte d’Inel Torchon aborde un sujet particulièrement sensible : la présence de bâtiments de la marine américaine dans les eaux territoriales haïtiennes et d’aéronefs militaires sur le territoire national.
L’auteur interpelle directement le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, lui demandant de clarifier la nature juridique et politique de cette présence étrangère. Il invoque notamment l’article 263.1 de la Constitution haïtienne amendée, qui interdit toute présence militaire étrangère sans cadre légal explicite.
Tout en rejetant l’idée d’une intervention illégale des États-Unis, Inel Torchon pose une série d’hypothèses : assistance sécuritaire, stratégie de stabilisation régionale ou protection d’intérêts géopolitiques. Il insiste cependant sur un principe fondamental : le peuple haïtien a droit à l’information et à la transparence.
Entre souveraineté et réalisme géopolitique
Loin d’un nationalisme de façade, le texte adopte une posture nuancée. L’auteur reconnaît qu’Haïti n’est pas en guerre contre un État, mais contre des réseaux criminels lourdement armés, soutenus par des complicités internes et internationales. Dans ce contexte, une aide extérieure, si elle est strictement encadrée, pourrait constituer un outil temporaire de stabilisation.
Cependant, il met en garde : une présence militaire étrangère mal gérée risque d’enfermer le pays dans une dépendance prolongée et d’affaiblir davantage la souveraineté nationale.
Une proposition de sortie de crise
En conclusion, Inel Torchon plaide pour l’abandon des transitions improvisées et des arrangements politiques stériles au profit d’un Plan de stabilisation et de reconstruction institutionnelle, articulé autour de trois axes :
- la sécurisation du territoire et des institutions,
- la reconstruction économique et sociale,
- une refondation durable de la gouvernance.
Pour l’auteur, seule une telle approche, soutenue par des partenariats internationaux clairs et équilibrés, permettra à Haïti de sortir de l’impasse actuelle.
Un texte qui divise mais interpelle
Par son ton direct et ses images fortes, le texte d’Inel Torchon ne laisse pas indifférent. Il s’inscrit dans la tradition des écrits politiques de rupture, cherchant moins le consensus que l’électrochoc. Qu’on en partage ou non les conclusions, il pose des questions centrales sur la responsabilité des élites, la souveraineté nationale et le rôle de la communauté internationale dans l’avenir d’Haïti.


