Le 17 mai 2025, à l’occasion de la Fête des professeurs, l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH) a célébré ses enseignants lors d’une cérémonie solennelle. Plus d’une dizaine de certificats ont été remis à des professeurs pour saluer leur engagement, leur régularité et leur passion dans l’enseignement supérieur. Une initiative salutaire, dans un pays où la méritocratie est trop souvent sacrifiée sur l’autel du clientélisme.
Mais cette célébration a pris une tournure controversée. En marge de cette remise de distinctions académiques, deux figures politiques — le ministre de l’Éducation nationale, Antoine Augustin, et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé — ont été honorées. Une décision qui a semé le malaise dans l’assistance. Pour nombre d’observateurs, cette double distinction relève davantage d’un geste de flatterie que d’un hommage fondé sur des critères objectifs.
Certes, certains évoquent le rôle du professeur Augustin dans la fondation de l’UPNCH pour justifier cet honneur. Mais dans un contexte où le système éducatif haïtien s’effondre — lycées fermés, enseignants en grève, chute du taux de scolarisation — la reconnaissance d’un ministre en exercice paraît, au mieux, malavisée, au pire, provocante. Quelles sont, concrètement, ses contributions aux trois missions fondamentales de l’université : produire le savoir, transmettre les connaissances et servir la société ?
La distinction accordée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé soulève encore plus d’interrogations. Arrivé au pouvoir dans un contexte chaotique, critiqué pour son manque d’efficacité, il semble n’avoir posé aucun acte significatif en faveur de l’enseignement supérieur. Le voir couronné par une institution universitaire donne à penser que l’université haïtienne glisse dangereusement vers une posture politicienne, délaissant sa vocation d’émancipation intellectuelle.
Ce glissement interpelle. Il témoigne d’un malaise grandissant au sein de l’élite intellectuelle du pays, de plus en plus tentée par la complaisance au lieu de la résistance. Comme le rappelait Cicéron : « L’espoir de l’impunité est le plus grand attrait du crime. » Et La Rochefoucauld d’ajouter : « La vertu se perd dans l’intérêt comme les rivières dans les fleuves. »
Pourtant, au cœur de cette désillusion, subsiste une lueur. Les professeurs honorés pour leur mérite incarnent un autre modèle, celui du travail silencieux, du dévouement sans éclat, mais ô combien nécessaire. À l’image de notre drapeau, symbole d’unité et de résistance, il appartient désormais aux forces vives de la nation — intellectuels, étudiants, citoyens engagés — de refuser la résignation. Pour que l’université redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un sanctuaire de savoir, d’éthique et de courage.


