La corruption demeure un fléau qui gangrène les institutions publiques en Haïti, sapant ainsi la confiance des citoyens envers leur gouvernement. Récemment, une enquête menée par la Commission Nationale de Lutte Contre la Corruption (CNLCC) a mis en lumière des pratiques douteuses au sein de la Banque Nationale de Crédit (BNC). Cette situation soulève des questions cruciales sur l’intégrité des agents publics et les mécanismes de régulation en place.
Les Dénonciations de Raoul Pascal PIERRE-LOUIS
Au cœur de cette enquête se trouve Raoul Pascal PIERRE-LOUIS, ancien Président du Conseil d’Administration de la BNC, qui a dénoncé une tentative de corruption de la part de membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Lors d’une réunion secrète à l’hôtel Royal Oasis, PIERRE-LOUIS a affirmé que les membres du CPT lui avaient exigé le versement de cent millions de gourdes (100,000,000.00 HTG) pour garantir sa reconduction à la tête de la BNC. Ces accusations, corroborées par des échanges documentés sur l’application WhatsApp, soulignent l’ampleur des manœuvres illicites au sein des hautes sphères de l’administration.
Témoignages Contradictoires
Les auditions réalisées par la Commission d’enquête révèlent des incohérences dans les témoignages des acteurs impliqués. Le Consul Lonick LÉANDRE, ami personnel de Smith AUGUSTIN, a déclaré qu’il n’avait ni le pouvoir ni la légitimité de demander une telle somme à PIERRE-LOUIS. Cependant, ses affirmations sont mises à mal par ses propres contradictions, renforçant ainsi les soupçons de collusion et d’obstruction à la justice.
D’autres témoins, comme l’ancien magistrat Emmanuel VERTILAIRE, ont également rejeté les allégations portées contre eux, tout en laissant entrevoir des pratiques douteuses autour de la nomination et du transfert d’employés à la BNC. Ces éléments suggèrent que le réseau de corruption est non seulement vaste, mais également profondément enraciné dans les rouages de l’administration publique.
Les Cartes de Crédit : Un Mécanisme de Corruption
L’enquête a également mis au jour l’émission de cartes de crédit préapprouvées à des membres du CPT, dont les limites de crédit étaient largement supérieures à la normale. Les dépenses effectuées avec ces cartes, ainsi que les modalités d’obtention, laissent à penser qu’elles étaient liées à la reconduction de PIERRE-LOUIS, illustrant une utilisation abusive des ressources publiques.
Les relevés d’appels entre les protagonistes ajoutent une dimension supplémentaire à cette affaire, suggérant des communications fréquentes dans le cadre de négociations douteuses. Cette situation, couplée aux déclarations de Smith AUGUSTIN concernant les fonds d’intelligence, révèle une gestion opaque et potentiellement détournée des ressources publiques.
Recommandations de la Commission
Face à ces révélations alarmantes, la Commission d’enquête recommande des mesures drastiques pour endiguer la corruption en Haïti. Parmi celles-ci, l’élaboration d’un Code d’éthique pour l’administration publique et la sensibilisation des agents aux risques de corruption sont essentielles. En parallèle, la mise en mouvement de l’action publique contre les personnes impliquées dans ces pratiques est impérative pour restaurer la confiance des citoyens.
Cette enquête met en exergue l’urgence d’un changement systémique dans la gestion des affaires publiques en Haïti. La lutte contre la corruption nécessite une volonté politique forte, des institutions indépendantes et un engagement citoyen. Pour reconstruire un État de droit et restaurer la confiance des Haïtiens, il est essentiel que ces révélations ne restent pas lettre morte. La transparence et l’intégrité doivent devenir des piliers fondamentaux de l’administration publique pour un avenir meilleur.


