Dans le monde du football, chaque année apporte son lot de surprises, mais aussi, parfois, des incompréhensions. En découvrant la liste des 30 nommés pour le Ballon d’Or 2024, un nom semble cruellement absent : celui de Melchie « Corventina » Dumornay. La jeune star haïtienne, reconnue pour son talent exceptionnel et ses performances éblouissantes, n’a pas été retenue, et cette omission soulève de nombreuses questions sur les critères de sélection de France Football.
Dumornay n’est pas une joueuse ordinaire. À seulement 20 ans, elle est déjà une figure incontournable du football féminin, tant au niveau de son club qu’au sein de l’équipe nationale haïtienne. Dotée d’une technique remarquable, d’une vision de jeu aiguisée, et d’un flair naturel pour déstabiliser les défenses adverses, Dumornay a prouvé à maintes reprises qu’elle appartenait à l’élite mondiale. Ses prestations en Ligue des champions, malgré une blessure qui l’a écartée pendant une partie de la saison, sont là pour en témoigner. Sa capacité à rebondir avec force après cette période d’inactivité, notamment avec ses performances en fin de saison avec Reims, aurait dû suffire à faire de son nom une évidence dans cette liste prestigieuse.
De plus, depuis son arrivée à l’Olympique Lyonnais, un club majeur en Europe, Melchie Dumornay n’a cessé de montrer des qualités extraordinaires, confirmant qu’elle est bien l’un des plus grands espoirs du football mondial. Ses débuts fulgurants avec Lyon, en marquant des buts décisifs et en distribuant des passes lumineuses, l’ont solidement installée dans la rotation d’un club aussi compétitif. En Ligue 1 Féminine, elle a été au cœur des stratégies offensives, et bien que sa blessure ait momentanément ralenti sa progression, elle est rapidement redevenue une force incontournable.
Alors, pourquoi une telle omission ? Comment un talent aussi éclatant a-t-il pu être ignoré ? Est-ce le reflet d’un manque de reconnaissance ou de visibilité pour les joueuses issues de pays moins influents sur la scène footballistique ? Ou est-ce que le football féminin est encore trop souvent jugé sous des critères biaisés ?
Certains avancent que Dumornay paie le prix de son origine haïtienne, un pays dont l’histoire footballistique, bien que riche en passion, manque de structure et de visibilité internationale. Haïti, qui a fait une brève apparition à la Coupe du monde 2023, n’a pas franchi les phases de groupes, ce qui aurait pu limiter l’impact de la performance individuelle de Dumornay aux yeux des jurés du Ballon d’Or. Pourtant, la visibilité médiatique ne devrait-elle pas céder le pas aux performances sur le terrain ?
Ce qui est certain, c’est que le cas de Dumornay met en lumière un problème plus large : la reconnaissance inégale du talent, surtout lorsqu’il provient de pays en dehors des grandes puissances footballistiques. En négligeant une joueuse comme Dumornay, c’est aussi tout un message qui est envoyé aux jeunes talents des nations « moins exposées ». Ces jeunes prodiges qui rêvent de briller sur la scène internationale, mais qui pourraient se sentir dévalorisés face à un tel oubli. Dumornay a prouvé qu’elle est bien plus qu’une étoile filante : avec sa technique, sa vitesse et son intelligence de jeu, elle s’impose déjà comme l’une des meilleures milieux offensives de sa génération.
Cet oubli est d’autant plus regrettable que Dumornay incarne bien plus qu’une simple joueuse. Elle représente l’espoir, la résilience et la persévérance d’un peuple qui, malgré les difficultés, continue de se battre pour exister sur la scène mondiale. Ne pas reconnaître son talent est un manquement qui dépasse le cadre du football. C’est ignorer l’impact profond qu’elle a sur la jeunesse haïtienne et sur le football féminin mondial.
Son rôle dans la qualification historique de l’équipe nationale haïtienne pour la Coupe du Monde 2023 en Australie et en Nouvelle-Zélande en dit long sur son influence. Durant ce tournoi mondial, malgré une élimination précoce, Dumornay a montré qu’elle pouvait se mesurer aux meilleures, marquant un but contre le Chili lors des qualifications et posant de réels problèmes à des équipes comme l’Angleterre et la Chine en phase de poules.
Derrière cette absence se cache donc un débat plus vaste sur la manière dont la reconnaissance du talent dans le football féminin mondial doit s’épanouir. Il est impératif de sortir d’une logique où seuls les géants du football captent toute la lumière. Le talent est universel, et les distinctions individuelles doivent refléter cette diversité.
Il est aussi légitime de se demander si les distinctions comme le Ballon d’Or, en dépit de leur prestige, restent encore trop ancrées dans une certaine élitisme géographique et historique. Les joueuses issues de sélections ou de clubs européens dominants semblent avoir un avantage non négligeable lorsqu’il s’agit d’être reconnues à l’échelle mondiale. Dumornay évolue certes dans un grand club, l’Olympique Lyonnais, mais elle porte aussi les couleurs d’une nation qui ne bénéficie pas de la même visibilité médiatique que les géants européens ou américains.
Pour autant, réduire cette omission à une simple question d’origine serait ignorer les critères de sélection objectifs tels que les titres remportés et la progression de carrière. Le Ballon d’Or récompense souvent les joueuses qui brillent lors des grandes compétitions internationales ou qui amassent des trophées avec leur club. Peut-être que Dumornay, encore jeune, n’a pas encore atteint le palmarès qui la propulserait inévitablement parmi les meilleures. Mais cela soulève une question plus large : dans quelle mesure les compétitions où évoluent des joueuses comme Dumornay, issues de nations moins puissantes, leur offrent-elles une chance équitable d’être vues et jugées ?
France Football aurait-il manqué une occasion d’élargir ses horizons, de reconnaître un talent qui ne fait aucun doute pour ceux qui suivent le football féminin avec attention ? Ce qui est sûr, c’est que Dumornay, malgré cette omission, continuera à briller et à inspirer. Et peut-être, l’an prochain, la justice sportive sera-t-elle rendue.


