La vidéo montrant une jeune femme sauvagement agressée à coups de machette est une scène d’une violence révoltante. Mais au-delà de l’horreur des images, elle révèle quelque chose de plus profond : la dégradation inquiétante de la société haïtienne, où la vie humaine semble ne plus avoir de prix.
Nous sommes face à une société qui se dévore elle-même. La violence est devenue quotidienne, la peur s’installe dans les habitudes et l’indignation collective semble s’épuiser à mesure que les victimes s’accumulent.
Le plus grave est cette banalisation de l’horreur. Une victime aujourd’hui, une autre demain, une vidéo de plus sur les réseaux sociaux, quelques condamnations, puis le silence. Comme si mourir violemment était devenu une composante ordinaire de la vie en Haïti.
Sur le plan social, cette réalité traduit l’effondrement progressif des repères collectifs. Lorsque la violence devient normale et que l’impunité s’installe, la société finit par perdre ses mécanismes de protection et de solidarité.
Et pendant que le monde avance, Haïti semble reculer. En 2026, nous continuons à voir des pratiques d’une brutalité qui semblent appartenir à un autre siècle. Nous possédons les outils du XXIᵉ siècle, mais nous sommes incapables de garantir à nos citoyens le droit le plus élémentaire : vivre sans être une proie.
Cette situation doit être dénoncée avec fermeté. Les autorités ne peuvent pas se contenter de condamner les crimes après qu’ils ont été commis. Une politique de sécurité se mesure à sa capacité à empêcher les victimes de tomber, pas au nombre de communiqués publiés après les drames.
Combien de victimes faudra-t-il encore avant que nous reconnaissions que le problème dépasse l’insécurité et touche directement le modèle de société que nous sommes en train de construire ?
Si nous continuons sur cette trajectoire, nous ne ferons pas que subir la violence : nous finirons par nous y habituer.
Et c’est peut-être là le signe le plus inquiétant d’une société cannibale : elle finit par regarder ses propres victimes tomber sans même être surprise.
Par Jean Yourry ATOUT
Journaliste, Juriste, Écrivan


