Par Henry Beaucejour, MBA
L’histoire d’Haïti est marquée par des figures qui, au-delà de leur époque, incarnent des principes fondamentaux de justice, de courage et de responsabilité. Yves Volel appartient à cette catégorie d’hommes dont la vie ne peut être réduite à un simple épisode politique. Elle représente une conscience, une exigence, une ligne de conduite qui interpelle encore aujourd’hui la jeunesse haïtienne. Dans un contexte où les institutions sont fragilisées et où la confiance collective est érodée, son parcours nous oblige à poser une question essentielle : quel type de citoyen et quel type de nation voulons-nous devenir ?
Le combat de Volel s’inscrivait dans une période charnière de l’histoire nationale, au moment où Haïti cherchait à sortir de décennies de dictature pour entrer dans une ère démocratique. Il portait une vision claire : celle d’un État au service du citoyen, fondé sur le respect de la loi et la protection des droits humains. Son assassinat devant les forces de l’ordre a révélé, de manière brutale, le décalage entre cette vision et la réalité d’un système encore marqué par l’impunité et la violence politique. Cet événement reste aujourd’hui un symbole puissant des défis structurels auxquels le pays est confronté.
Pour la jeunesse haïtienne, la première leçon est celle de la lucidité. Il ne suffit pas de dénoncer les dysfonctionnements ; il faut comprendre les mécanismes profonds qui les produisent. Volel ne s’est pas contenté de critiquer : il a cherché à agir avec cohérence et détermination. Il nous rappelle que toute transformation durable commence par une compréhension claire du système à changer. Une jeunesse qui agit sans analyser risque de reproduire les mêmes erreurs qu’elle dénonce.
La seconde leçon est celle du courage, non pas comme posture symbolique, mais comme engagement réel. Dans des sociétés où la peur est parfois utilisée comme outil de contrôle, oser parler, oser agir, oser proposer devient un acte politique en soi. Cependant, le courage doit s’accompagner de stratégie. L’histoire de Volel montre que la volonté seule ne suffit pas : elle doit être soutenue par une organisation, une vision et une discipline capables de transformer l’énergie individuelle en impact collectif.
Au-delà de l’individu, c’est la question de la fragmentation politique qui se pose. Haïti souffre d’un manque de cohérence dans l’action collective, où les ambitions individuelles prennent souvent le pas sur l’intérêt national. Cette réalité affaiblit la capacité du pays à se structurer et à se projeter dans l’avenir. La jeunesse a ici un rôle déterminant à jouer : celui de dépasser les divisions, de construire des ponts et de promouvoir une vision commune capable d’orienter les efforts vers des objectifs clairs et mesurables.
La réflexion de Volel invite également à repenser la relation entre liberté et discipline. Une société ne peut avancer sans règles, sans institutions solides et sans respect des engagements. Mais une discipline imposée sans justice devient oppression. L’équilibre entre ces deux dimensions est au cœur de toute refondation nationale. La jeunesse haïtienne doit ainsi apprendre à valoriser à la fois la liberté et la rigueur, en comprenant que l’une ne peut exister durablement sans l’autre.
Enfin, dans un monde de plus en plus interconnecté, la reconstruction d’Haïti ne peut se faire sans une synergie entre la jeunesse locale et la diaspora. Cette relation doit dépasser les élans émotionnels pour s’inscrire dans une logique stratégique, fondée sur le transfert de compétences, l’investissement structuré et la création d’institutions durables. L’avenir du pays dépendra en grande partie de cette capacité à unir les forces, à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire.
Ainsi, la vie d’Yves Volel n’est pas seulement un rappel du passé, mais un appel à l’action. Elle invite la jeunesse haïtienne à passer de la critique à la construction, de l’indignation à l’organisation, et de l’espoir à la réalisation concrète. Car, au fond, la véritable question n’est pas de savoir ce que l’histoire a fait d’Haïti, mais ce que la jeunesse haïtienne décidera de faire de son avenir.
Henry Beaucejour, MBA
Président de la Chambre Haïtiano-Américaine de Commerce Électronique


