Port-de-Paix paralysée par cinq minutes de pluie : l’appel urgent à un plan national contre les inondations

À chaque saison pluvieuse, la ville de Port-de-Paix retient son souffle. Il ne faut que cinq à dix minutes de pluie soutenue pour que les rues se transforment en rivières boueuses, que des maisons soient envahies par les eaux et que la peur gagne les familles. Les inondations, dans le chef-lieu du département du Nord-Ouest, sont un phénomène récurrent, presque banal. C’est précisément cette banalisation qui est la plus inquiétante.

Il faut le dire sans équivoque : le problème des inondations à Port-de-Paix ne relève pas seulement des caprices du climat. Certes, les épisodes de pluies intenses se multiplient et les effets du changement climatique se font sentir. Mais la racine du mal est aussi, et avant tout, structurelle. La Cité Capois-la-Mort souffre d’un déficit criant d’infrastructures de drainage adaptées à son expansion démographique et urbaine. Les canaux existants sont insuffisants, mal entretenus ou obstrués par des déchets. Par ailleurs, l’urbanisation non contrôlée et spontanée de Port-de-Paix n’est pas un simple détail : elle est devenue le facteur qui transforme chaque pluie en catastrophe.

Il serait injuste de faire porter toute la responsabilité aux autorités locales. Toutefois, il est évident que la planification urbaine a été déficiente pendant de nombreuses années. Au-delà de la mairie, la question des inondations relève d’une compétence partagée, voire principalement de l’État central.

Les inondations à Port-de-Paix constituent aujourd’hui un problème d’intérêt national. La gestion des bassins versants, la construction d’ouvrages hydrauliques majeurs, la réhabilitation des infrastructures routières et le financement de grands systèmes de drainage dépassent largement les capacités financières d’une municipalité comme Port-de-Paix. Cela relève notamment du Ministère des Travaux publics, Transports et Communications, du Ministère de l’Environnement et du Ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, particulièrement pour la gestion des sols en amont. Il est donc temps que l’État central prenne pleinement la mesure de la situation.

Nous lançons un appel solennel à l’État central : Port-de-Paix ne peut plus être laissée seule face aux eaux. Il est urgent de doter la ville d’un plan global et intégré de lutte contre les inondations. Ce plan devrait inclure un schéma directeur, une étude hydrologique complète de la ville et de ses environs, la cartographie des zones à risque, la construction d’un réseau moderne de drainage, le curage systématique et régulier des canaux existants, ainsi que la protection et la reforestation des bassins versants en amont pour réduire le ruissellement rapide des eaux. Parallèlement, une campagne de sensibilisation citoyenne doit accompagner un service public efficace de collecte des déchets. L’appui technique et financier de l’État central demeure crucial.

Il ne s’agit pas seulement de réagir après chaque inondation en distribuant quelques aides d’urgence ou en promettant des réparations ponctuelles. Il s’agit d’anticiper, de prévenir et de planifier. La gestion des risques et des catastrophes comporte trois phases essentielles : la prévention, la réponse et la reconstruction. À Port-de-Paix, la prévention a longtemps constitué le maillon faible. Il est temps d’inverser cette logique.

En définitive, la dignité des citoyens exige des actions concrètes, visibles et durables. Port-de-Paix mérite mieux qu’une gestion improvisée des catastrophes. Elle mérite une vision, des investissements structurants et une volonté politique claire. L’histoire jugera sévèrement l’inaction, mais elle saura reconnaître le courage d’un État qui décide enfin de protéger ses villes contre des drames annoncés. Le temps des constats est révolu ; celui des décisions doit commencer.

Deris Kolsky

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