Michel Soukar appelle à un « pacte patriotique » et à une transition structurée avant les élections

Dans une lettre ouverte adressée aux dirigeants politiques, aux acteurs de la société civile, aux secteurs économiques, à la communauté universitaire, à la diaspora et à l’ensemble des forces vives de la nation, Michel Soukar tire la sonnette d’alarme face à la dégradation de la situation en Haïti. Selon lui, la crise actuelle n’est ni une fatalité ni une surprise, mais le résultat de dynamiques anciennes dont les conséquences se manifestent aujourd’hui.

L’historien estime toutefois qu’une marge d’action demeure possible. Il propose l’instauration d’un cadre de concertation, la mise en œuvre de mesures permettant à l’État de reprendre le contrôle du processus national, puis la formulation d’un « Pacte patriotique ». Il préconise également une architecture de transition crédible et la mise en place d’une instance de gouvernance consensuelle, qu’il qualifie de « gouvernement de Salut public ».

Michel Soukar met particulièrement en garde contre l’organisation d’élections dans les conditions actuelles. Pour lui, un scrutin ne peut être crédible sans contrôle effectif du territoire et des institutions. Miser uniquement sur l’élection d’un « meilleur » candidat serait, selon lui, une « illusion dangereuse ».

Il appelle ainsi à structurer d’abord la transition afin que les élections deviennent l’aboutissement d’un processus ordonné, plutôt qu’un simple geste politique. « Pita ka pi tris », avertit-il.

Lisez la lettre intégrale de Michel Soukar ci-dessous.

Lettre ouverte de Michel Soukar aux : 
Dirigeants politiques,aux acteurs de la Société civile,aux secteurs économiques, à la communauté universitaire, à la diaspora haïtienne, à toutes celles et ceux qui portent encore ici et ailleurs la responsabilité et l’avenir d’Haïti, à l’ensemble des forces vives de la nation.


Aujourd’hui,il est désormais inutile de feindre l’étonnement devant la situation qui prévaut  depuis quelques temps à travers le pays. Les signes annonciateurs étaient visibles et tout cela, croyez moi,résulte de toutes ces  dynamiques anciennes, patiemment installées et dont les effets se déploient maintenant sous nos yeux sans aucune suprise. Cela fait longtemps mais je l’avais annoncé,non en tant que prophète, mais  à partir d’une compréhension lucide des dynamiques profondes que traverse le pays depuis bien des décennies.


Cependant, l’histoire récente a montré clairement comment , d’un niveau à l’autre, beaucoup d’entre nous,ont été utilisés volontairement,que ce soit par faiblesse,par pression ,ou pour toute autre raison qui leur a momentanément privé de votre esprit de discernement à participer à cette politique d’humiliation et de destruction de leur propre pays.


Je ne veux même plus en douter : c’est si  évident. C’est évident que le pays ne s’est pas effondré par une simple fatalité, une sorte de malédiction que l’on évoque volontiers, pour éviter de regarder en face les causes réelles et profondes de son effondrement. Parceque ,ceux qui avaient le devoir de le protéger ont sciemment accepté de devenir les instruments d’un projet inavoué et inavouable qui a nié toute notre dignité,notre avenir et notre mémoire.

Je vous écris pour vous dire que : cette évidence n’est plus discutable, elle s’impose à nous tous sans aucune possibilité de la contourner. L’histoire nous regarde, vous et moi.

Bien que nombre d’entre nous, après avoir tiré profit de leurs actes malhonnêtes, ont déjà abandonné le pays, reproduisant ainsi le même schéma déjà connu de désertion de leurs responsabilités comme à chaque cycle de ruine.  » Yo fin manje yo jeté yo »  Mais, aujourd’hui j’écris pour vous rappeler que malgré tout,il est encore possible d’agir ensemble, dans la bonne direction. Je vous affirme qu’une marge d’action demeure encore possible et qu’elle doit être saisie avant que les dynamiques actuelles ne deviennent irréversibles .{Pita ka pi Tris }


Donc , pour cela il faudra:
1- Instaurer un cadre de concertation fondé sur les ressources encore disponibles.
2- Mettre en œuvre des mesures structurantes qui permettent de reprendre le contrôle du processus national.
Sachant qu’il ne peut y avoir d’élections crédibles sans un contrôle effectif de l’état sur le territoire et sur les institutions chargées d’en garantir l’intégrité.
3- Ensuite envisager la formulation d’un Pacte patriotique.
4 – Définir dans la foulée une architecture de transition crédible.
5- Mettre en place une instance de gouvernance consensuellle .(Un gouvernement de Salut public).
6- Organiser des élections dans des conditions réellement améliorées et faire de ce scrutin non un frein ,mais un passage obligé vers la résolution de la crise.


Aujourd’hui,je considère,que miser sur des élections où un  » meilleur » doit simplement gagner serait une illusion dangereuse.  Tout d’abord,un scrutin n’a de sens que s’il s’inscrit dans un cadre institutionnel solide, sous le contrôle effectif de l’état et des conditions permettant aux électeurs d’exprimer réellement la souveraineté populaire et qu’il serait incensé de prétendre résoudre la crise, à partir d’une simple grille d’analyse ,tant les dynamiques en jeu exigent une compréhension plurielle structurée et profonde , ancrée dans la réalité du pays.


Un leadership individuel, même animé des plus belles intentions, ne pourra en aucun cas absorber toute la profondeur de ces défaillances politiques, économiques et institutionelles. Dans ces conditions,je crois qu’aller aux élections sans un cadre collectif, sans ce Pacte patriotique, sans une transition structurée ,risque de conduire le pays vers une crise encore plus grave, à moins que l’on accepte consciemment, l’effacement progressif du pays comme une fatalité silencieuse, que certains semblent prêts à cautionner,ce qui serait  également la conséquence logique de cette dynamique de cette politique fragmentée.


Lorsque les élites se retirent ou se dérobent de la vie publique, où les choix collectifs se réduisent à des stratégies individuelles, c’est l’existence même du pays qui se trouve menacée. Et sans un cadre commun, sans un pacte patriotique réel, sans une vision partagée la nation risque de continuer à glisser vers une forme de disparition politique, symbolique, et historique.


Un scrutin n’aura de sens, que s’il procède d’un processus ordonné et doit être issu d’une transition et non d’un geste isolé. Ce qu’il faut aujourd’hui ; c’est d’établir un cadre de réflexion clair, définir un agenda de travail pour finalement structurer la transition et ainsi permettre que les élections en émergent naturellement même dans un contexte où les gangs armés ne seront pas totalement disparus. Vu que le processus de démantèlement des gangs prendrait du temps et qu’il serait  illusoire d’attendre leur disparition complète avant d’engager la reconstruction institutionnelle.


Michel Soukar 
1er Septembre 2026
Port- au-Prince
Haïti.

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