Le MCI appelle au calme. Les automobilistes, eux, cherchent surtout des réponses et des solutions. Depuis plusieurs jours, des chauffeurs, motocyclistes et propriétaires de véhicules dénoncent la présence présumée de carburant de mauvaise qualité sur le marché haïtien, avec des pannes et des dommages rapportés sur des moteurs. Face à cette situation, le ministère du Commerce et de l’Industrie demande d’attendre les résultats des analyses avant de parler de non-conformité. Mais pour les consommateurs déjà confrontés aux réparations, cette prudence ressemble surtout à une réponse tardive.
Dans son avis du 15 septembre, le MCI reconnaît avoir pris connaissance des préoccupations concernant certains produits pétroliers et annonce des vérifications. Le ministère rappelle également que les importateurs et distributeurs ont l’obligation de commercialiser des produits conformes aux normes et d’en assurer la traçabilité.
La question qui fâche est donc simple : où étaient les contrôles avant que des automobilistes ne commencent à payer la facture ? Le MCI dispose pourtant d’une Direction du Contrôle de la Qualité et de la Protection du Consommateur, dont la mission comprend notamment la vérification de la conformité des produits et des activités commerciales.
Cette interrogation prend encore plus de poids au regard du précédent de l’eau de consommation. Une étude menée par la DCQPC entre août 2025 et janvier 2026 sur 109 échantillons d’eau traitée et conditionnée dans la région métropolitaine avait révélé 91 échantillons positifs aux analyses bactériologiques. Le MCI avait ensuite annoncé des mesures et une mobilisation interinstitutionnelle. Mais, depuis, les consommateurs n’ont pas vu de résultats à la hauteur des inquiétudes soulevées. Pour beaucoup, ce dossier reste donc le symbole d’un contrôle qui intervient après le problème, plutôt qu’avant.
Aujourd’hui, le même sentiment gagne les automobilistes. Ils ne veulent pas simplement entendre le ministère leur demander de garder leur calme. Ils veulent savoir qui contrôle réellement la qualité des produits vendus sur le marché, à quel moment ces contrôles sont effectués et pourquoi les consommateurs doivent attendre que les dégâts apparaissent avant d’obtenir des explications.
À cette inquiétude s’ajoute une autre difficulté : des automobilistes rapportent également des problèmes pour trouver des produits ou solutions permettant de traiter un carburant suspect ou de limiter les conséquences sur les moteurs. Lorsque ces produits sont disponibles, certains consommateurs dénoncent des prix pouvant atteindre plusieurs fois leur niveau habituel.
Pendant ce temps, les automobilistes continuent de payer : vidange, nettoyage du système d’alimentation, remplacement de pièces, réparation ou immobilisation du véhicule. Pour les chauffeurs du transport public et les motocyclistes, chaque journée passée au garage signifie également une perte de revenus.
L’appel au calme du MCI ne suffira donc pas. Les consommateurs veulent des résultats, des prélèvements transparents, des analyses publiées et, surtout, des responsabilités clairement établies si une non-conformité est confirmée.
Le ministre James Monazard est désormais attendu sur la capacité de son ministère à démontrer que ses mécanismes de contrôle fonctionnent réellement. Car dans cette affaire, une question demeure : combien de moteurs devront encore être endommagés avant que le contrôle de la qualité ne précède, plutôt que de suivre, les dégâts ?


